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Évènementiel

En 1348, la peste a-t-elle affecté le chantier de l’abbatiale ?

23/04/2020
En 1348, la peste a-t-elle affecté le chantier de l’abbatiale ?

En décembre 1347, la pandémie de peste frappait Marseille. Un bateau génois en provenance de Crimée aurait apporté la bactérie de cette peste bubonique que l’on appelait peste noire. Elle s’est répandue rapidement à travers toute l’Europe. En janvier 1348, elle atteignait Avignon, en juin elle était à Paris et Bordeaux, en janvier 1349 à Londres. En 1352, toute l’Europe et tout le pourtour méditerranéen étaient atteints. Elle aurait été responsable de la mort de près de la moitié de la population de la Chrétienté.

On sait que Clément VI eut une attitude courageuse, protégeant les Juifs qui étaient volontiers suspectés d’être à l’origine de la pandémie, restant dans Avignon alors que les cardinaux s’enfuyaient hors de la ville, autorisant l’autopsie pour tenter de comprendre les causes de cette maladie. En même temps, il refusa d’interrompre l’activité de son pontificat et, en particulier, veilla à la poursuite du chantier de l’abbatiale de La Chaise-Dieu.

Sur ce chantier, la peur de la contamination s’était répandue rapidement. Certes les échanges entre Avignon et La Chaise-Dieu étaient réguliers et d’ailleurs le mal pouvait provenir d’ailleurs. En revanche, l’isolement du plateau de La Chaise-Dieu et la faible densité de population dans le Massif central constituaient des barrières naturelles. Mais l’efficacité de telles barrières s’avérait toute relative. Le Puy fut confiné, ce qui veut dire que les entrées et sorties de la ville furent surveillées et restreintes.

Aucun document n’indique que l’épidémie ait frappé La Chaise-Dieu. Pourtant, il y a des signes que la peur fut très présente. Mentionnons d’abord la peinture murale de l’église de Lavaudieu montrant la Mort sous les traits d’une femme aveuglée par une coiffe noire, lançant des flèches sur des représentants de toute la société, des laïcs ou des clercs, surtout des clercs, allant du pape (Clément VI) à l’évêque du Puy, reconnaissable à son pallium (Jean de Chandorat), à l’abbé de La Chaise-Dieu (Étienne d’Aigrefeuille), à un chanoine de la cathédrale du Puy, reconnaissable à son aumusse, à une moniale, abbesse de Lavaudieu. Ce tableau aurait été réalisé par un assistant de Matteo Giovannetti en 1351.

Un autre signe de cette peur est le choix fait par l’abbé Hugues de Chauvigny de Blot vers 1430, c’est-à-dire 80 ans plus tard, de la fresque de la Dance Macabre.

Où en était le chantier de l’abbatiale en 1348 ? Les travaux, commencés en 1344, avaient beaucoup avancé. Non seulement, le chevet et ses cinq chapelles rayonnantes étaient construits, mais il en allait de même des cinq premières travées de la nef sur les neuf programmées. Elles correspondent au chœur monastique actuelle. Il est temps de finir la démolition de l’ancienne église romane. Le pape prend alors une décision surprenante. La construction des quatre dernières travées est reportée à plus tard. Une façade temporaire doit être construite, accompagnée d’un clocher à l’emplacement de cette sixième travée dans la nef latérale nord.

Le clocher temporaire reposait sur une voute d’ogives octopartite, que l’on peut encore voir aujourd’hui. Pour accéder à ce clocher, un escalier fut construit, qui aujourd’hui permet d’accéder au chemin de ronde.

Pourquoi avoir interrompu son programme, au risque de ne pas le terminer avant sa mort ? Il se savait mortel, même s’il n’avait encore que 57 ans. Il est possible qu’il ait voulu protéger les moines du froid alors que l’abbatiale ne serait pas un espace clos. J’ai d’ailleurs de la peine à croire que pendant les travaux, les moines n’aient pas utilisé la chapelle Notre-Dame du Collège grégorien. Je crois surtout que les travaux ont été perturbés par la peste et qu’il fallut ralentir les travaux.

Il me semble étrange que personne ne parle de la peste sur ce chantier, alors que la peur était obsédante. On ne trouve évidemment aucune mention dans les documents de l’abbaye. Il est vrai qu’ils sont surtout d’ordre comptable. Ni dom François Gardon, ni dom Victor Tiolier, nos deux bénédictins du XVIIe siècle qui ont écrit l’histoire de l’abbaye, ni Pierre-Roger Gaussin, ni Maurice Faucon, ni Frédérique-Anne Costantini qui ont écrit l’histoire de la construction de l’abbatiale au XIVe siècle ne mentionnent le mot de peste. Et pourtant, elle a existé, a fait peur et cette peur a eu des conséquences et a ralenti les travaux.

La peste disparaitra dans notre région en 1349. Mais elle reviendra périodiquement. Et la peur reviendra. Et nos ancêtres croiront s’en protéger en organisant le pèlerinage annuel à saint Roch, le 16 août à La Chapelle-Geneste, ou en érigeant la Croix du Bancillon au XVIe siècle.

Texte et photos transmis par Jacques BELLUT