4, Rue Saint Esprit - 43160 LA CHAISE-DIEU | 04 71 00 01 57
La Chaise-Dieu, Vendredi 17 Septembre 2021,

BIENVENUE A LA CHAISE DIEU

Site en construction
HISTOIRE

La Chaise-Dieu d'hier

Les La Fayette à La Chaise-Dieu

Peu de gens savent qui était Gilbert Môtier de La Fayette,maréchal enterré dans l'abbatiale en 1463. Il fut pourtant non seulement un valeureux sodat et un compagnon de combat de Jeanne d'Arc, mais un conseiller proche du roi Charles VII. Peu de Casadéens semblent assurés que la cour Lafayette a été nommée d'aprés le héros de la guerre d'indépendance des Etats-Unis qui fut également une grande figure de la Révolution française et qui portait le même nom que son lointain parent.


Une famille aristocratique d'Auvergne.

La plus ancienne mention d'un seigneur de La Fayette est celle d'un certain Pons qui faisait partie de la premiére croisade. Cette famille a son origine à La Fayette, lieu-dit de la commune d'Aix dans les Monts du Livradois, à quelques kilométres au nord de Saint Germain L'Herm, ancien prieuré de La Chaise-Dieu, distant de moins de 30km de l'abbaye elle-même. Il n'en reste que quelques ruines. Au XIVe siècle, cette famille est devenue puissante et s'installe dans un pays plus clément à Chavaniac dans le Brivadois. Les plus illustres de ses membres sont le maréchal (c.1380-1463), l'auteure de la Princesse de Clèves (Paris,1634-1693) et le général (Chavaniac 1757 - Paris 1834). La branche aînée, dont est issu le maréchal, s'est éteinte à la fin du XVIIe siécle faute de descendance masculine et la branche cadette, dont est issu le général, s'est éteinte à la fin du XIXe siécle. Des descendances féminines existent actuellement dans les deux branches.

Notre héros est né vers 1380 probablement à La Fayette. Il fut élevé prés du duc de Bourbon, qui le fait sénéchal du Bourbonnais. En 1412, il part en Italie sous les ordres du duc de Nemours et s'y illustre dans la défense de Bologne, assiégé par les Vénitiens. En 1417, il passe sous les ordres du dauphin Charles. Il est fait lieutenant général du Lyonnais en 1419 et gouverneur du Dauphiné l'année suivante. En 1421, il est le vainqueur de la bataille de Vieil -Baugé prés d'Angers, allié aux Ecossais au sein de l' "auld alliance". Il affirme avoir, lui-même, tué le duc de Clarence qui dirigeait les troupes anglaises. Le dauphin le nomme alors maréchal et confirmera sa nommination en 1422 lorsqu'il sera couronné sous le nom de Charles VII. En 1423, le maréchal épouse Jeanne de Joyeuse à Bouthéon. Elle est issue d'une grande famille vivaroise et lui apporte en dot des domaines importants en Forez, qui s'ajoutent à ses domaines auvergnats et en font un riche seigneur. Elle lui donnera 9 enfants.

La guerre de Cent ans n'est pas finie. En 1424, il est fait prisonnier lors de la bataille de Verneuil, mais la rançon put être payée rapidement. En 1429, on le verra participer au siège d'Orléans, au côté de Jeanne d'Arc. Puis il assistera au couronnement du roi à Reims. Il sera dès lors un conseiller du roi. Toutefois, ennemi de Georges de La Trémoille, alors grand chambellan, il subit quelques années de disgrâce de 1429 à 1433, mais à la chute de ce dernier, il recouvre son influence. En 1435, il participe à la négociation  de la paix d'Arras qui met fin à l'alliance  entre le duc de Bourgogne Philippe le Bon et les Anglais. En 1449, il participe aux conférences entre le comte de Dunois et le duc de Somerset pour obtenir la reddition de Rouen.

Agé de 70 ans, il se retire alors progressivement des affaires. En 1463, il est inhumé à La Chaise-Dieu dans la chapelle qu'il avait commandée.

Une chapelle au destin tourmenté

Dom Gardon, le bénédictin du XVIIe siècle historien de l'abbaye, rapporte que la chapelle a été commandée en 1425, soit 40 ans avant la mort du maréchal, qui, il est vrai, vécut longtemps, et largement dotée, suite à un accord conclu avec l'abbé Hugues de Chauvigny de Blot. L'abbé André Ayraud de Chanac, son prédécesseur, vient de terminer la clôture du choeur monastique, comme le confirme le rapport archéologique réalisé par David Morel de la société Hadés, en 2016. Il revient à Hugues de Chauvigny de Blot de poursuivre sa décoration : stalles, enfeus, danse macabre et surtout jubé.

En Août  1562, les Huguenots se chargent de détruire cette chapelle. Les Mauristes ne cherchent pas à la reconstruire. Ils apposent simplement une plaque de cuivre aux armes du maréchal rappelant qu'il y avait été inhumé. En 1790, à la fermeture de l'abbatiale, un moine, dom Jean François Régis de La Salle, emporte cette plaque afin d'éviter que des pillards viennent la voler. Il s'installe alors dans sa famille à Monlet. En 1826 quand l'abbatiale devient église paroissiale, un membre de cette famille vient la rapporter. Vers 1980, cette plaque est volée. En 2005, l'association  des amis de l'abbatiale saint Robert en fait réaliser une copie cf photo qui est remise au même emplacement.

Le nom des places de La Chaise-Dieu (voir les souvenirs du Chanoine Girard)

En 1793, la commune est devenue propriétaire des bâtiments et des places qui étaient situés  dans la clôture. Le maire de l'époque, Antoine Pellet était marqué par les idées  des Philosophes; il était Républicain et Franc-Maçon. Il fit appeler la cour des écuries, derriére l'abbatiale, cour de la République, et la grand place, aujourd'hui appelée  place de l'écho, place Lafayette. Sous l'Empire , on débaptisa la cour de la République pour en faire la cour Lafayette et la grand place devint le foirail. Sous la Restauration, certains notables royalistes crurent de bonne politique de faire croire qu'il s'agissait du maréchal  de Charles VII. Ce qui n'avait jamais été l'intention d'Antoine Pellet.

Une grande figure régionale Lafayette

Gilbert Môtier, marquis de La Fayette est né en 1757 à Chavaniac. Il épouse Adrienne de Noailles. En 1777, il s'engage dans la guerre d'Indépendance américaine, en soutien des Insurgents. Il est nommé général par Georges Washington. En 1781, il remporte la bataille de Yorktown, bénéficiant du blocus marin qu'effectuait l'amiral de Grasse sur l'armée britannique sur la Chesapeake.

En 1789, élu de l'élection de Brioude, il devient une personnalité de l'Assemblée Nationale. Il s'y fait remarquer par sa lutte contre l'esclavagisme, ses plaidoyers en faveur de la responsablité des ministres devant l'assemblée, la direction de la garde civique et enfin l'adoption de la cocarde tricolore. Il se fait désormais appeler Lafayette, refusant qu'on lui donne son titre nobiliaire. En 1791, il se retire à Chavaniac, voyant que la Révolution prend une tournure qui ne lui convient pas, car il reste monarchiste. En 1792, il rejoint l'armée alors que la guerre contre l'Autriche commence. Il livre plusieurs batailles. Les Autrichiens réussissent à le faire prisonnier et ce dans des conditions sévères. Il ne rentre en France qu'en 1800, grâce à l'entregent de Napoléon. Pour autant, les relations entre Napoléon et Lafayette furent toujours mauvaises. En 1815 Lafayette  soutient le retour des Bourbons mais n'établit pas de bonnes relations avec eux. Quand Charles X nomme le prince Jules de Polignac premier ministre, Lafayette se révèle un opposant vocal. En 1824, Lafayette effectue un voyage triomphal aux Etats-Unis, de plus d'un an. Lors des Trente Glorieuses, Lafayette met tout son poids pour aider Louis-Philippe à prendre le pouvoir. Cela ne suffit pas à le remettre en selle.

Lafayette meurt en 1834. Il est enterré au cimetiére de Picpus et sa tombe est fleurie chaque année le 4 juillet par l'ambassadeur des Etats-Unis.

Jacques Bellut  La Chaise-Dieu le 2 août 2020

En 1348  une pandémie

En décembre 1347, la pandémie de peste frappait Marseille. Un bateau génois en provenance de Crimée aurait apporté la bactérie de cette peste bubonique que l'on appelait peste noire. Elle s'est répandue rapidement à travers toute l'Europe. En janvier 1348, elle atteignait Avignon, en juin elle était à Paris et Bordeaux, en janvier 1349 à Londres. En 1352, toute l'Europe et tout le pourtour méditerranéen étaient atteints. Elle aurait été responsable de la mort de prés de la moitié de la population de la Chrétienté.

On sait que Clément VI eut une attitude courageuse, protégeant les Juifs qui étaient volontiers suspectés d'être à l'origine de la pandémie, restant dans Avignon alors que les cardinaux s'enfuyaient hors de la ville, autorisant l'autopsie pour tenter de comprendre les causes de cette maladie. En même temps, il refusa d'interrompre l'activité de son pontificat et, en particulier, veilla à la poursuite du chantier de l'abbatiale de La Chaise-Dieu

Sur ce chantier, la peur de la contamination s'était répandue rapidement. Certes les échanges entre Avignon et La Chaise-Dieu étaient réguliers et d'ailleurs le mal pouvait provenir d'ailleurs. En revanche, l'isolement du plateau de La Chaise-Dieu et la faible densité de population dans le Massif Central, constituaient des barrières naturelles. Mais l'efficacité de telles barrières s'avérait toute relative. Le Puy en Velay fut confiné, ce qui veut dire que les entrées de la ville furent surveillées et restreintes. Aucun document n'indique que l'épidémie ait frappé La Chaise-Dieu. Pourtoant il y a des signes que la peur fut très présente. Mentionnons d'abord la peinture murale de l'église de Lavaudieu cf photo ci-dessous montrant la Mort sous les traits d'une femme aveuglée par une coiffe noire, lançant des flèches sur des représentants de toute la société, des laïcs ou des clercs, surtout des clercs, allant du pape (Clément VI ) à l'évêque du Puy  reconnaissable à son pallium (Jean de Chandorat), à l'abbé de La Chaise-Dieu ( Etienne d'Aigrefeuille),  à un chanoine de la cathédrale du Puy, reconnaissable à son aumusse, à une moniale, abbesse de Lavaudieu. Ce tableau aurait été réalisé par un assistant de Mattéo Giovannetti en 1351.

Un autre signe de cette peur est le choix fait par l'abbé Hugues de Chauvigny de Blot vers 1430, c'est à dire 80 ans plus tard, de la fresque de la Danse Macabre.

Où en était le chantier de l'abbatiale en 1348 ? Les travaux commencés en 1344, avaient beaucoup avancé. Non seulement le chevet et ses  cinq chapelles rayonnantes étaients construits, mais il en allait de même des cinq premières travées de la nef sur les neuf programmées. Elles correspondent au choeur monastique actuel. Il est temps de finir la démolition de l'ancienne église romane. Le pape prend alors une décision surprenante. La constructions des quatre dernières travées est reportée à plus tard. Une façade temporaire doit être construite, accompagnée d'un clocher à l'emplacement de cette sixième travée dans la nef latérale nord. Le clocher temporaire reposait sur une voûte d'ogives octopartite, que l'on peut encore voir aujourd'hui. Pour accéder à ce clocher, un escalier fut construit, qui aujourd'hui permet d'accéder au chemin de ronde.

Pourquoi avoir interrompu son programme, au risque de ne pas le terminer avant sa mort? Il se savait mortel, même s'il n'avait encore que 57 ans. Il est possible qu'il ait voulu protéger les moines du froid alors que l'abbatiale ne serait pas un espace clos. J'ai d'ailleurs de la peine à croire que pendant les travaux, les moines n'aient pas utilisé la chapelle Notre Dame du Collège grégorien. Je crois surtout que les travaux ont été perturbés par la peste et qu'il fallut ralentir les travaux. Il me semble étrange que personne ne parle de la peste sur ce chantier, alors que la peur était obsédande. On ne trouve évidemment aucune mention dans les documents de l'abbaye. Il est vrai qu'ils sont surtout d'ordre comptable. Ni dom François Gardon, ni dom Victor Tiolier, nos deux bénédictins du XVIIe siècle qui ont écrit l'histoire de l'abbaye, ni Pierre-Roger Gaussin, ni Maurice Faucon, ni Frédérique-Anne Costantini qui ont écrit l'histoire de la construction de l'abbatiale au XIVe  siècle ne mentionnent le mot peste. Et pourtant elle a existé, a fait peur et cette peur a eu des conséquences et a ralenti les travaux.

La peste disparaîtra dans notre région en 1349. Mais elle reviendra périodiquement. Et la peur reviendra, et nos ancêtres croiront  s'en protéger en organisant le pèlerinage annuel à saint Roch, le 16 Août à La Chapelle-Geneste, ou en érigeant la croix du Bancillon au XVIe siècle.

Jacques Bellut Mars 2020